Est-ce vrai ces nouvelles colportées par la presse?
Le monde en est troublé, le moral en détresse.
D'émotion les montagnes se sont prosternées
Les vierges elles-mêmes accouchent de nouveaux-nés.
Est-ce qu'Abdelkrim, de sa vie au péril,
Est pris comme prisonnier qu'on condamne à l'exil?
Comment, après avoir remué ciel et terre,
En brandissant l'épée, symbôle de ta colère,
Tu te laisses fléchir, alors que l'ennemi,
Témoin de ton courage, de panique frémit,
Et que ton nom partout, dans tous les lieux, circule,
Où les volontaires foisonnent et pullulent?
Comment est-ce possible qu'après tant de conquêtes
Tu laisses tes détracteurs savourer ta défaite?
Comment est-ce possible qu'après tant de victoires
Tu te résignes à subir un tel déboire?
Nous savions que tu disposais de grands pouvoirs
Pour réprimer les vices au sein de ton terroir,
Que tu ne craignais aucune machination
Et que tu déjouais toute conjuration,
Car tu savais ce que l'ennemi fomentait
Lorsque l'aide attendue s'est sitôt arrêtée.
Tes succès etait-ce des éclairs sans pluie
Qui, aussitôt qu'ils luisent disparaissent dans la nuit?
Les partis tous ensemble te soutiennent de plein gré.
Chaque tribu est venue du fin fond des prés,
Ordonnée telle une troupe te rendant les honneurs,
Barrant la route aux renégats, aux imposteurs.
Dans la tourmente, sous ta conduite éclairée,
D'aucuns t'accusent d'être un tyran invétéré.
Mais tous préfèrent le trépas au déshonneur.
Est-ce vrai que tu as agi en dictateur?