Abderrahman Hajji

Poèmes

La société humaine

Aucun bien ici-bas ne s'obtient sans déboires,
Ni l'eau, source de vie, n'est toujours bonne à boire.
Elle jaillit d'une nappe couverte de souillures.
Elle n'est jamais limpide et n'est ni claire ni pure.

Les hommes sont tantôt comme des éperviers rapaces,
Tantôt comme des agneaux craignant le loup vorace.
Le faible se soumet à la loi du plus fort,
Et le plus fort se plaît à toujours faire du tort.

Les hommes mènent entre eux un combat fratricide,
Et courent vers la ruine, à qui le plus rapide.
En ne tenant pas compte du sort de ses sujets,
A trop les négliger, on risque le rejet.

Quand on persiste dans le noir aveuglement,
On récolte rancoeur et mécontentement.
On n'est plus accueilli par une foule en liesse,
Qui vient spontanément montrer son allégresse.

Ecrasé de mépris et tout couvert d'opprobre,
Il est haï par ceux qui, privés d'eau, vivent sobres.
On lui imputera les pires des méfaits;
Il sera mal récompensé de ses bienfaits,

Le jour où partisans et amis tournent casaque,
Et mettent le pays à feu, à sang, à sac.
La vie est ainsi faite; ainsi sont les humains.
Ne dit-on pas qu'elle est un ami faux et vain?

Elle est pourtant aimée,malgré son air morose,
Qui inspire la tristesse et ne sent guère la rose.
Les hommes sur cette terre sont de vrais loups garous,
Craignant le chien berger ainsi que le chien loup.

Et lorsque le berger devient lui-même un loup,
Le troupeau se résigne à bien tendre le cou.
Les hommes de tout temps ont formé deux rangées,
Entre reconnaissants et ingrats partagées.

Je vois des gens trompés à leurs trompeurs mêlés,
Victimes de leurs ruses et comme ensorcelés.
Je ne vois que tyrans qui inspirent la crainte,
Et font entrer le peuple au sein de leur enceinte.

Ils avaient donc besoin d'un arsenal de lois,
agissant comme des freins, servant de contrepoids
Au pouvoir tyrannique, et qui le dissuadent
De porter préjudice, faire subir des brimades,

Et causer plus de torts aux victimes des abus,
Qu'on ne cesse d'exploiter et qu'on jette au rebut.
Ils ont institué les règles du pouvoir
Et choisi la voie droite pour sortir du trou noir.

Ils ont fondé l'espoir d'être bien gouvernés
Et placé à leur tête un prince chevronné
Pour qu'il fasse respecter ses limites à chacun
Et préserve le droit du pauvre et orphelin

A une ère où le prince, en son âme et conscience,
Etait juste et craignait la divine sentence.
Ainsi en était-il quand le prince faisait preuve
de sagesse et d'un grand courage à toute épreuve,

Quand il craignait son Dieu tout haut et en secret,
N'étant par rapport au droit jamais en retrait,
Quand l'Islam était ainsi à son apogée
Et que toutes les consciences étaient bien dirigées,

Quand les tyrans avaient les deux ailes coupées,
Et que les gens vivaient dans l'ordre et dans la paix.
Mais les caprices ont attaqué le corps social
Comme l'os pourri que ronge un incurable mal.

Notre conduite de musulmans est tel un trait
De lumière qui jaillit et s'éteint pour de vrai.
Nous sommes à la merci d'un pouvoir qui gouverne,
Instaure la corruption, en pauvres nous malmène,

Craignant par dessus tout les tyrans de tous bords,
S'attirant leurs bonnes grâces, dédaignant les mentors.