- Leila, dis-je, y a-t-il un remède à l'insomnie?
- Venir me voir à l'aube, quand la nuit se ternit.
Je lui ai demandé: Fais-moi don d'un baiser
Pour calmer ma passion.Et elle, désabusée,
Voulant cacher une retenue qui la gênait,
Me dit: Qu'allons-nous faire pour nous pardonner,
Alors que le Livre Sacré nous l'interdit,
Sauf pour le mari que le destin nous dédie?
- Le mari et l'amant pourront vivre en harmonie,
Sans que l'un ou l'autre se couvre d'ignominie.
- Crois-tu qu'un tel argument me convainc? dit-elle,
Tu n'es pas très prudent, assez d'en faire de belles.
Je lui ai dit: Embrasse-moi sans rechigner.
Je vais bientôt mourir, mon arrêt est signé.
Elle me répondit: Meurs de dépit, si tu veux,
Je ne crains nul danger de te voir heureux.
- Je me prépare, lui dis-je, pour un long voyage.
Là-dessus, elle me dit: Sans retour, c'est plus sage.
Va où bon te semble, mais arrête tes avances,
En restant possédé par autant d'insistance.
- Je suis atteint, lui dis-je, d'une grave maladie.
Mon corps en est meurtri. Mais elle me répondit:
- Fasse Dieu qu'Il te guérisse, c'est un voeu qui m'est cher,
Mais pour te dire vrai, sache que tu te pervers.
- Comment juges-tu, dis-je, mon état de santé?
- Il se lit sur tes traits, que tu dis affectés.
Footnote:
[1]Inspiré d'un chant de la musique andalouse