Abderrahman Hajji

Poèmes

Le dépit des opprimés

Laissons les opprimés crier tout leur dépit
L'injustice ne leur a point laissé de répit
Tout secoués de honte, ils se voient humiliés
Flétris dans leur honneur,leur contrat résilié

Ils sont entre les mains d'une horde de tyrans
Qui plantent dans leur chair leurs crocs en les serrant.
Que de promesses on leur a faites pour alléger
Les souffrances de leurs plaies où le sang s'est figé.

Mais ils voient que le mal continue d'empirer
Et devient incurable, laisse à peine respirer.
La vie a renchéri, les privant de sommeil.
Ils restent ainsi bouche bée, à jeûn comme l'avant-veille.

Aux injustices n'ajoutons pas les exactions
Qui font crier et gémir de désolation.
Le médecin qui compte bien traîter son malade
Lui dit la vérité évite les propos fades.

Le patient ne peut être soigné autrement
Qu'en douceur, et avec doigté comme expédient.
Il s'est courbé l'échine sous le poids des impôts,
harcelé par le fisc, saigné par ses suppôts.

C'est, nous dit-on, le prix de notre liberté,
Que nous devons payer, et sans nous rétracter.
Le défaut de paiement entraîne la contrainte,
Voire la saisie des biens, sans tenir compte des plaintes.

Personne, au grand jamais, ne peut y échapper,
Même menacé de ruine et le moral sapé.
Ecoutez donc les plaintes répétées qui jaillissent
Des voix étouffées au fin fond du précipice.

Si justice ne leur est pas aussitôt rendue,
Malheur aux gouvernants! Ils auront bientôt leur dû,
Lorsque le peuple en colère se mettra en marche,
Embarquant les damnés de la terre sur son arche.

Les peuples ne se laissent pas donner leurs droits
Ils les prennent dans le respect de l'ordre et de la loi.
Mais quand le peuple prend mal ce qui lui arrive,
Le dépit qu'il éprouve amortit sa dérive.