Abderrahman Hajji

Poèmes

Malheur au peuple

Les arbres poussent par les racines, leurs troncs s'élèvent
Et irriguent leurs parois d'une vivifiante sève;
Leur sens respiratoire leur fournit de l'air pur,
Leur âge est marqué d'une succession d'encolures.

S'ils ne sont pas taillés dans les règles de l'art,
La pourriture les rongera de toutes parts.
Il suffit d'avoir le sens de l'observation
Pour ne pas confondre sagesse et déraison.

Mais si nous persistons dans notre aveuglement,
Comment pouvoir juger avec discernement?
Malheur au peuple que les désastres assaillent,
Qui doit se prémunir des dangers vaille que vaille

Et faire face au chaos règnant de tous côtés
Qui le pille et le gruge, ruinant sa dignité.
Nous sommes condamnés à louer nos gouvernants
Vautrés dans la luxure, le vice à l'avenant.

Leurs fautes les plus graves échappent à toute sanction
Qui frappe l'opposant à tort ou à raison.
Repos et dive bouteille, tel est leur passe-temps,
Recherche des éloges les tente tant et tant.

Le ministre s'adonne à toutes sortes de méfaits
Qu'il trahit par ses gestes ainsi que par ses faits.
Il se met au service de tous nos ennemis
Au détriment du peuple qui pleure et qui gémit.

Cette ère n'est-elle pas d'un âge révolu,
Qui sent l'odeur de pierre et de bois vermoulu?
N'avons-nous pas cru voir au bout d'une longue nuit
Poindre un jet de lumière à l'heure où l'aube luit?

Nous pensions que le noir qui sur nous tend ses ailes
Tel un nuage d'été passe sans qu'il s'amoncelle
Mais les trombes d'eau nous inondent par rafales,
Et la funeste nuit nous trousse, hélas! en malle.