Abderrahman Hajji

Poèmes

Jeunesse, quo vadis?

Nos jeunes gens ne font rien pour se fixer une cible
Car leur tempérament est par trop irrascible.
Ils sont dans un piteux état d'agitation,
Indécis, voués aux échecs, aux confusions.

Ils ont renoncé à leur langue et leurs usages,
Leur préférant d'Epinal la singulière image.
Il faut les voir se vanter et se montrer fiers
D'une langue étrangère au style pour le moins pervers.

On eût dit qu'ils annoncent une nouvelle conquête
Objet d'admiration, au son de leur trompette,
Ou qu'ils ont reçu une prime de récompense,
Effaçant des péchés les graves conséquences.

Jeunesse dont le pied a glissé dans l'impiété,
Et s'est fourvoyé dans un monde d'insanités,
Tu as vu dans la francofolie une aubaine,
Et en as tiré un titre de fierté hautaine,

Dressant entre nous et une langue des plus nobles,
Qui nous a allaités, un mur de honte ignoble;
Langue devant son prestige au Livre honoré,
Qui nous transmit de Dieu la parole sacrée.

C'est un bastion qui protège les êtres bien nés,
Rallie du coeur et de l'esprit les dons innés.
C'est une vraie source lumineuse qui éclaire
Ce que cache l'ignorance de mal et de misère.

L'essence de toutes choses s'y est manifestée
Dans l'éclat de leurs attraits et de leur beauté.
Les moeurs s'y adoucissent au contact des idées
Et des enseignements que le Verbe a mandés.

Les esprits se parent d'une grâce séduisante
Par l'agencement d'une harmonie avenante.
Le Livre sacré coule d'une source intarissable,
Et n'a point de pareil dans nulle ère mémorable.

Pour les âmes bien nées l'oreille en est flattée
Et l'esprit nourri de purs voeux de chasteté.
C'est une source par où jaillit une eau limpide
Agréable à boire, même pour les goûts insipides.

Que n'ont-ils su ruser pour nous en détourner
En nous servant de l'eau croupie et avinée,
Avec l'espoir de nous voir vivre isolés
De ses enseignements, sinon les refouler.

L'homme voit que la vie qui bat dans ses artères
Le dispense de s'en assurer chez les confrères.
Il sait que la vraie stabilité ne s'acquiert
Qu'aux termes de quelques doutes sur tout ce qu'elle requiert.

Ils ont pris le parti d'en ignorer la lettre
Avant de renier la langue de leurs ancêtres
Et se sont contentés d'une langue excentrique
En se privant de la leur au nectar édénique.

Ila puisent leur eau d'une canne en ébulition
Attisée par tant d'opprobre en combustion.
Ils se sont appliqués à déclarer licites
Le commerce du vin et ses réseaux tacites.

S'agissant du domaine de l'arabisation,
Inspirons-nous des méthodes d'organisation
De l'occupant. Forgeons comme lui des mots nouveaux
Dérivés de mots servant de support pivot.

Nous avons dans notre patrimoine culturel
Une tradition de justice orale mais réelle.
Elle est fondée sur de solides arguments
Qu'il serait indécent d'effacer indûment.

L'axe où pivote une langue tient dans l'interaction
Des alliances de mots et leur combinaison.
Une telle loi régit toute langue qui s'applique
A gravir les échelons de la rhétorique.

Il suffit d'adopter un style clair et concis
Lors de l'élaboration d'un texte précis
Pour que la rhétorique s'adapte à des critères
Exempts des défauts de locution étrangère,

Et évite de s'engager dans un style diffus
Comparable à la lourdeur d'un langage confus.
Si on l'adopte par un choix conscient et lucide,
Il sera plus clair que l'eau douce et plus limpide.

Il émettra pour l'ouĩe un air captivant
Joint à l'harmonie qui rend les sons avivants.
Mais, s'il est percutant autant qu'irréfutable,
On devra s'incliner comme devant un oracle.

Et si les siens le négligent par inadvertance,
Ils seront condamnés aux pires déchéances.
Ils dépériront corps et âme dans leur défaite
Et goûteront l'humiliation la plus abjecte.

Ils seront voués à la vile dégradation
De la chaire tuméfiée, en pleine putréfaction.