Abderrahman Hajji

Poèmes

Au bord de l'abîme

Je vois notre nation livrée à tous les maux,
Cible des préjudices, refuge des fléaux.
Elle avance d'un pas ferme vers l'abîme béant,
Dévie du droit chemin, imite les mécréants.

Nos traditions nous tiennent captifs et enchaînés
Dans un vil carcan de préjugés surannés.
De l'Islam nous avons renié les principes,
Alors qu'Il prône des idées larges et les excipe.

Nous singeons en aveugles l'armée d'occupation,
Pour cueillir les miettes de ses lieux de distraction.
Les sables mouvants de nos traditions sur lesquels
Nous avons bâti notre existence matérielle

Laissent présager un avenir des plus sombres,
Vouant nos demeures à gésir sous les décombres.
Nous les imitons dans leurs futiles apparences,
Et singeons leurs jeunes dans le port et la contenance.

Leurs travaux ne nous inspirent aucune conduite
Pour creuser les idées et leur donner une suite.
Nous ignorons leurs ténors des arts et des sciences,
Inventeurs de génie et hommes d'expérience.

Mais nous prenons exemple sur ceux qui passent leur temps
A danser et chanter, d'un caractère latent.
Car seuls nous intéressent parmi eux les frivoles
Dont nous ornons les actes de mille et une glorioles.

Nous portons aux nues la tourbe des hommes nuisibles
Et sommes loin de connaître leurs sommités crédibles:
Nous n'accordons aucune vertu à leurs mérites.
Quant au discours des autres, ils charment par leurs redites.

Nous suffit-il de nous distraîre de bonne foi
En jouant le rôle du singe de mauvaise aloi?