Abderrahman Hajji

Poèmes

Administration et administrés

Je souhaite voir chez nous une vraie administration,
Non un lieu de commerce et de spéculation,
Où l'argent des administrés leur est ravi
Par abus de pouvoir et force effronterie.

Personne n'est épargné, pas même le misérable
Dont l'odeur du gril est le seul luxe abordable.
Ils ont dressé autour de lui un chef d'oeuvre
De siège pour lui faire avaler toutes les couleuvres.

Ils ont fait la sourde oreille aux gémissements
De douleur qu'ils ignoraient dédaigneusement.
Ceci, par Dieu, est une agression exécrable
Commise au nom d'une infâmie inqualifiable.

Quand le peuple lutte pour reconquérir ses droits
Spoliés et confisqués, au mépris de la loi,
Est-il possible de lui faire entendre raison
Et le calmer avec une offre de gascon?

Je me fais un scrupule de donner des conseils
francs, non édulcorés de teintes en vermeil.
Rien ne sert d'y soigner les fioritures de style,
Ni créer des figures de rhétorique habiles.

Il est plus sain de récuser l'ingratitude
Pour qu'ils ne persistent pas dans les turpitudes
Auxquelles ils se sont aliénés par duperie,
Qui mène à la débauche ratés autant qu'aigris.

Prenez parmi les conseils ceux qui font pleurer,
Non ceux que d'illusions bercent leurs simagrées,
Comme celà a été affirmé dans le temps
Par de grands penseurs réputés pour leur talent.

Tel est donc mon conseil exempt de sortilèges,
Car tout leurre pour moi est le pire des sacrilèges.
Acceptez-le malgré son ton acrimonieux;
Vous aurez la fraîcheur d'âme des hommes vertueux.

Quant à nos gouvernants, s'ils ne l'apprécient guère,
Ils jetteront le voile pour passer au travers,
Le réduire au silence en bien le muselant,
Et dresser autour de lui un siège isolant.

Ils feront la sourde oreille comme s'il leur fallait
Craindre que le monde allait bientôt s'écrouler.
Ils lui ont de tout temps promis monts et merveilles,
Rompant une rhétorique qui se faisait bien vieille,

Pour fermer les yeux sur leur mode de s'enrichir,
Ce qui ne les met pas à l'abri du ouï-dire.
C'est une audace, diront-ils, une témérité,
Que nous ne saurions en aucun cas supporter.

Là prendra conscience de ses forfaits l'âme maudite,
Que seuls intéressent les profits illicites,
Sans craindre de subir un revers de fortune,
Qui touche grands et petits, sans discrimination aucune.

En déviant de leur courant, on est tenu
Pour une personne à rejeter comme un rebut.
Sa seule présence de dégout les fait chanceler
Et se boucher le nez aux vapeurs exhalées.

Malheur à moi qui tiens à leur fréquentation;
Mon visage en est tout infecté d'abjection.
Je suis sincère dans les conseils que je prodigue;
Mon but, à leurs appétits, est de mettre une digue.

Quand les gens prennent conscience des soucis qui m'animent
Et dénoncent ces pratiques, finie est la rapine.