Abderrahman Hajji

Poèmes

A bon entendeur salut

Tout peuple qui ne profite pas des torts d'autrui
Est destiné à la mort, voué à l'oubli.
Il chutera jusqu'aux abysses de la bassesse;
Ses amarres sont rompues, son navire en détresse.

Il sera la cible de tous ses détracteurs,
Et sera humilié par ses profanateurs.
Il se verra soumettre à la subjugation
Au fil de l'épée de l'armée d'occupation

Au moment où les regrets ne sont d'aucun secours,
Quand il dépose les armes au terme de son parcours
Pour affronter l'humiliation et la misère
Et endurer d'être banni et mis aux fers.

Il verra des intrigues mille et une couleurs
Qui augmenteront sa peine, à son grand malheur,
Comme le coup fatal qui nous a ainsi coûté
De brûler dans les flammes où il nous a jetés.

De nombreuses années ont vu leur cours s'activer
Comme au temps où Joseph a été éprouvé.
Mais nous ne retenons aucune leçon du temps
Qui passe et nous soumet à ses effets latents.

Malheur au peuple qu'accablent tant de souffrances,
Qui est en proie aux affres du manque d'espérance,
Et qui n'ose même pas se plaindre de son sort,
De peur d'être humilié, d'être frappé à tort.

Ainsi agit l'ennemi envers son vis-à-vis,
Qu'il cherche à exploiter et lui a tout ravi.
Il ne tient aucun compte des lois et réglements,
Et porte atteinte à l'essence de ses jugements.

Si le peuple n'a pas dans ses rangs de protecteurs,
Il sera la risée de tous ses détracteurs,
Tombera sous la coupe de despotes ambitieux,
Qui engagent à ses dépens des frais somptueux,

Ne ménageant aucun effort pour le mépriser,
Et éviter qu'il ne convoite leur vie aisée.
Lorsqu'ils remarquent qu'il met du zèle dans ses critiques,
Ils le rappellent au respect de la chose publique,

En exprimant, dans leurs éclats, un vrai courroux,
Pour imposer à ses critiques un garde-fou,
Ou leur opposer des arguments contraires,
Montrant le vrai tant de l'avers que du revers.

Mais s'il persiste sans cesse à réclamer ses droits,
Il sera débouté et chassé de surcroît.
On l'accuse de cacher sciemment la vérité,
On l'incarcère ou on l'exile à volonté

Sous prétexte qu'il agit avec indiscrétion,
Et s'emporte dans le trouble prôné par les factions.
Il ignore toutes les règles de bienséance,
Et nous contredit dans toutes les circonstances.

Ce qu'il cache en son for intérieur emplit l'air,
Tel un morceau de verre qui laisse voir à travers.
Son but est d'instaurer l'égalité des droits,
Chose dont il n'a jamais fait profession de foi.

Sans nous, il n'aurait pas pu surgir du néant
Et eût dû rester au fond d'un gouffre béant.
Nous lui avons appris à se civiliser,
Mais, de nos intentions, il n'a fait qu'abuser.

Il a manqué au devoir de reconnaissance,
Sachant que c'est à nous qu'il doit ses connaissances.
Il s'est opposé à chacun de nos désirs,
N'en faisant qu'à sa tête, selon son bon plaisir.

Il a même prétendu que nous l'avons lésé
D'un droit dont il a toujours joui et usé.

Mais, lorsque la plume se veut honnête et sincère,
Elle trouve appui dans le droit, face à l'arbitraire.
Ses jardins s'épanouissent et ses collines,
Grâce à la rhétorique et ses eaux cristallines.