Abderrahman Hajji

Poèmes

Travaillez, prenez de la peine!

Jeunes gens! Nous vivons dans une époque où seul compte
Le travail productif. Tout le reste n'est qu'un conte
Fait à plaisir, conçu pour narrer le récit
D'aventures imaginaires, loin de tout souci.

Quand on s'y laisse aller, on agit en pure perte;
On s'enfonce dans le néant sans donner l'alerte.
On est pris par la médiocrité comme une proie
Plongée dans l'épouvante, figée de désarroi.

Notre activité verra s'effondrer sa marche;
La stagnation aura raison de nos démarches;
Notre espoir finira, hélas! par s'envoler
Et, tel le juif errant, ne saura où aller.

Nous formulons le voeu que les jeunes d'aujourd'hui
Acceptent de se remettre à hauteur d'appui
Et se spécialisent dans des domaines précis
Qui nous font défaut, sont notre cruel souci.

Nous avons besoin d'une nouvelle génération
De jeunes sérieux, droits, loin de toute compromission.
De jeunes disposés à engager le combat
Où ils risquent de passer de vie à trépas,

Non de jeunes qui dorment à longueur de journées,
Pour danser la nuit sur des rythmes effrénés,
Et qu'on entend dire: Profitons des temps qui courent,
C'est une véritable aubaine d'être bien en cour.

Laisser passer ce temps, c'est manquer de sursaut
Et succomber aux armes quand elles montent à l'assaut.
Si nous en profitons, nous vivrons dans une ère
Qui dure, bon an mal an, l'espace d'une chimère.

Le temps qui passe ne se récupère nullement,
Même au prix de dépenses faites fastueusement.
Vous nous avez privés de profiter du charme
Des scènes qui s'y jouent dans le noir le plus calme.

Nous sommes à la merci de troubles inquiétants
Provoqués par l'émoi de ses foyers latents.
Faites preuve de tolérance, vous qui étiez acquis
A son lustre, avant nous, quand elle vous a conquis.

Elle vous a inculqué comment lui obéir,
Et vous avez tout mis en oeuvre pour la servir.
Vous vous êtes asservis, exposant votre esprit
A ses ruses malignes, voire à ses tromperies.

Chacun qui dépense sa fortune pour sa passion,
Le fait comme tout amoureux qui perd la raison.
Si vous parlez ainsi, sans doute vous direz vrai.
Nous en conviendrons, pour sûr, sans exagérer.

Nous donnons ces conseils par pure compassion.
Pour vous mettre à l'abri de toute humiliation,
Comme celle que nous a fait rudement endurer
Un grossier personnage, hautain et abhorré,

Promu au rang de chef alors qu'il demeurait
À la traîne de seigneurs et maîtres révérés.
Tel est le sort qui nous a été réservé
Au lendemain de l'indépendance retrouvée,

Que le vol. l'oppression et les fausses promesses
Nous ont fait détester après tant d'allégresse.
Nous craignons que vous ne tombiez dans un bourbier.
Ne vous y enlisez pas, comme nous, par pitié!

Puissiez-vous vous altérer dans une source claire
Et éviter les eaux fangeuses et délétères.
Vous vivrez ainsi dans le faste et l'opulence
A l'abri de ces parvenus pleins d'arrogance,

Dont se méfient les hommes épris de liberté
Même si le louvoiement tend à les épater.
Ils ont sorti leurs griffes et se sont attaqués
A la vie intime des gens sans s'alambiquer.

Puis, ils leur ont aliéné toutes leurs ressources
En pratiquant des prélèvements à la source.
Ils se vantent de bâtir des palais dont l'éclat
Se reflète sur le luxe de coupoles d'apparât.

C'est ici que réside le leader influent
Qui s'arroge un pouvoir pour le moins indécent,
L'autorisant à croire que tout lui est permis,
Et qu'il a la main longue sur le peuple soumis.

Il détourne les biens d'autrui à son seul profit,
Pillant jusqu'aux indigents, rien ne lui suffit.
Il fait du courtage d'emplois au secteur public
Contre de l'argent et un délire érotique.

Quand il vient au bureau, on le voit entouré
De filles et de garçons de la jeunesse dorée,
Recevant une caresse ou cueillant un baiser
Et servant à boire dans des verres fleurdelisés.

C'est ainsi qu'il passe pratiquement tout son temps
Si tant est qu'il reste au bureau tout un instant.