Abderrahman Hajji

Poèmes

Les illusions dangereuses

Nous avons caressé de dangereuses illusions
Et ouvert la voie à l'ère de la répression.
Après avoir subi un échec humiliant,
Nous restâmes à demeure, abattus et méfiants,

Faisant ainsi ménage avec l'adversité,
Nous résignant à vivre sans aucune dignité.
Comment excuser qu'on mette nos têtes à couper
Et qu'on nous massacre au fil tranchant de l'épée?

Plût à Dieu qu'il fasse disparaître les tyrans
Qui bafouent tous les droits, disloquent tous les rangs.
Plût à Dieu que ceux qui nous ont fait endurer
Tant de peine soient punis et leur âme torturée.

Celui qui usurpe les droits sacrés des gens
Les rendra-t-il par le souci d'être indulgent?
Celui qui n'a pas d'égard pour les biens d'autrui
Verra l'ascension de l'ombre quand tombe la nuit.

Celui qui fait fi de la masse des citoyens
Les incite à s'insurger par tous les moyens,
Rugissant de fureur, enclin à la colère,
Défiant le tyran à l'épée meurtrière.

Ils ne craignent aucune force d'oppression,
Ni la coupe qu'elle leur tend pleine d'un mortel poison.
Ils ne rougissent pas d'avoir pris fausse route
Où l'ignorance les a conduits à la déroute.

Si nous n'assurons pas notre propre protection,
N'en chargeons guère un avocat de profession.
Si l'on n'organise pas sa propre défense,
On tombera dans le mépris et les offenses.

Ceux qui tiennent à faire triompher leur dignité
Courent les pires dangers, sans jamais s'arrêter
Et meurent d'une belle mort qui rend plus agréables
Les affres du trépas les plus insupportables.

En ne réveillant pas nos passions refoulées,
Nous serons des morts vivants dans la mêlée.