Lorsqu'on laisse pousser la barbe au bas du visage,
C'est pour faire cause commune avec les ânes d'attelage.
Celui qui porte la barbe la plus longue se dit:
Mon souci est qu'on me prenne pour un érudit.
Il laisse croire à la grande foule de ses fidèles
Qu'il a la science infuse et la foi pleine de zèle.
Il tient sa manière d'agir du singe enjoué,
Quand il se donne l'air d'un savant surdoué.
Sa tête est vide, et la science crie son innocence
D'avoir un tant soit peu nourri ses connaissances.
Il prétend être en mesure de nager au large
Et braver les vagues qui se brisent sur les barges,
Honni soit qui, à la vérité, porte outrage;
Il s'expose à la risée de son entourage,
Qui jette sur lui anathème et discrédit
Et renie sa conduite par un commun dédit,
Pour qu'il se voie tel qu'il est en réalité,
Dévoyé, vaniteux, indigne et rebuté.
Quand un ignorant parle avec outrecuidance
Du savoir et exhibe une grande suffisance,
Il passe pour un vantard qui veut se faire valoir
Aux yeux d'autrui et, partant, se couvrir de gloire.
Certains laissent pousser la barbe pour imiter
La tradition russe qu'ils cherchent à adopter.
Mais, quand on les invective avec fermeté,
Ils se dérobent derrière le voile de lâcheté,
A l'instar de l'autruche, la tête enfouie au sol,
Par crainte d'attirer l'attention de l'aigle en vol,
Mais, oubliant la nudité de son tractus génital,
Le plus exposé dans un corps à corps fatal,
N'étant pas du tout fait pour ce genre d'exercice,
Qui n'a rien à voir avec la vie des caprices.