Abderrahman Hajji

Poèmes

Parfum de grandeur

A mon ami le poète éminent Abdelmalek El Belghiti,

Le poème que je vous adresse est, comme vous le voyez, composé dans le métré et la rime du poème que vous m'avez présenté lors de la visite que vous m'avez rendue à l'hôpital Avicennes à Rabat, où je suis condamné à garder le lit et à endurer les souffrances les plus intolérables. J'ai beaucoup apprécié que vous ayez tenu à renouveler vos nobles sentiments à mon égard à l'occasion de la grave maladie qui m'a abattu, après avoir eu raison de ma santé et m'avoir littéralement rebuté de vivre.

Il se dégage du brasier de sa grandeur
Un arome de parfum, source de chaleur

S'exhalant d'une ascendance des plus nobles
Que ne saurait imiter le clan des ignobles.

D'une lignée qui remonte jusqu'au prophète,
Il est avec les siens on ne peut plus honnête.

Il ne trafique nulle part de son crédit;
Au grand jamais il ne renie ses dédits.

Issu d'une famille de très haute volée,
Citée dans le Coran, aimée et adulée,

Il tient à son passé par des racines sûres,
Qui ne s'effacent point avec le temps qui dure.

Il est le joyau de prestige quand son groupe
Se pare de bijoux et a le vent en poupe.

Il bâtit à ses gloires une place forte,
Qu'il fait tenir par un grand chef de son escorte.

Il a pris sur autrui plusieurs longueurs d'avance,
Ne laissant aux vantards qu'une maigre pitance.

Qui lui cherche querelle aux moments critiques
Subit un grand revers et est pris de panique.

Ne le compare à aucune créature;
Il est de tous le plus châste et le plus pur.

Il plane dans l'air avec les ailes d'oiseau,
Voyant dans l'homme un misérable roseau.

Il fait front au danger, courage à l'appui,
Et se bat en héros, en lutteur averti.

Malheur à qui s'infiltre dans son territoire;
Il le chassera, tel un lion, de son terroir.

Qui ose ainsi le provoquer en duel,
Brave le lion dans son antre habituel,

Le mettant dans un violent accès de fureur,
Griffes et crocs au vent, à en mourir de peur.

Il pourra certes s'en échapper par raccroc,
Non sans avoir subi de dangereux accrocs.

Mais celui qui joue ainsi avec le feu
Finira par vagabonder sans feu ni lieu.

On dit, pour vivre en paix et sécurité,
Que la prudence est mère de sûreté.

Par acquit de conscience, je ne peux l'absoudre.
Ses amis, eux-mêmes, sont prêts à en découdre.

Mon conseil va aux aventuriers audacieux
Qui, dépecés, seront dans un état piteux.

Je les invite à bien faire attention.
Il y va du maintien de leur réputation.

Comment peut-on échapper à cette misère,
Alors qu'on est révolté et en colère?

Il montre, dans la paix, une grande sagesse
Et est vif d' esprit et capable de prouesses.

Il a des qualités on ne peut prodigieuses
Comparées aux plumes les plus impétueuses.

Il expose et écrit au fil des idées.
Ses performances sont à coup sûr validées.

Aucun rhétoricien ne saurait l'égaler,
Qu'il soit conférencier ou orateur zélé.

Il a distancé tous ceux qui se disent poètes,
Ou qui font de la prose dans les jours de fête.

Poète de talent, oui, il l'est, à coup sûr;
Il est toujours gagnant, c'est un poète mur.

Il remporte aux épreuves la palme d'or,
Surpassant ses contemporains les plus retors.

Il est comme l'épée à la poignée dorée.
Mais tranchante dans les combats exaspérés.

C'est un modèle de vertu qui se récite.
Le minbar en répercute tous les mérites.

Tu es l'alter ego, le compagnon de lutte,
Qui m'a réconforté de n'être pas la butte

Du malheur qu'un beau texte en vers a rendue,
Renfermant âme et coeur, tous deux confondus.

Tu me souhaites une prompte guérison
Et une longue vie tirant sur le grison,

Pour me revoir tel que j'étais par le passé
Un maître dont les cours étaient des panacées

Au milieu de jeunes à l'esprit éveillé,
Et aux cahiers de bonnes notes émaillés.

Si tu es mon soutien, j'aurai tous les honneurs;
Haut serai-je placé dans les rangs des grandeurs.

Celà suffirait à ma quête de fierté
Depuis la nuit des temps jusqu'à l'éternité.