Je me souviens avec émotion des amis
D'antan, hommes d'esprit, à tous les dons promis
Et qui font semblant d'ignorer que l'un des leurs
Souffre le martyre, assailli de douleur,
Cloitré dans sa maison, cloué à ras du lit,
Condamné à boire son fiel jusqu'à la lie.
Le mal qui l'épie comme une vraie proie
Lui souffle tantôt l'air chaud et tantôt l'air froid.
La maladie qui le ronge n'a pas de fin.
Aucun statisticien n'en prévoit le destin.
Mais à la longue, c'est un ennemi farouche,
Outré par le sucré, l'amer tout plein la bouche.
Selon son bon vouloir, il menace de mort,
De ruine, ceux qui relèvent de son ressort.
Lorsque deux médecins ne tombent pas d'accord
Sur sa médication, le moins strict est en tort.
L'autre détient sur les corps par la faim meurtris
Un pouvoir absolu, admis d'un coeur contrit.
Il se déclare souvent avec arrogance,
Devient oppressant et fait mourir en silence.
Il prétend exercer sa haute protection
En couvrant de terre les morts à profusion.
Plein de repentance, navré et consterné,
Notre médecin voit ses entrées décliner.
Les proches parents du défunt se libèrent
De payer des montants qui volent en poussière.
Ils versent des larmes pendant quelque temps,
Puis, le chassent des mémoires pour longtemps.
Son legs semble cacher un secret implicite
Qui couvait dans l'esprit de tous ces hypocrites.
Ainsi se comporte l'humanité sur terre.
Des conflis d'intérêt surgissent les misères.
Si Dieu ne substituait pas les uns aux autres,
Las de vivre, ils rêveraient d'un monde autre.