"Je connais maint detteur qui tous les jours se sauve"
-- La Fontaine
J'ai écrit au sujet d'une personne à qui j'ai prêté une somme d'argent et qui s'obstine à ne pas vouloir s'acquitter de sa dette, use de tous les subterfuges et atermoiements, et finit, après maintes tergiversations, par éviter de me rencontrer.
J'ai espéré dissimuler les préjudices
Qui m'ont imposé tant de très lourds sacrifices
Et qu'un ami, cherchant sans doute à me nuire,
A provoqués en refusant de se dédire.
Il n'a tenu aucun compte de mon état
de dénuement qui dure de vie à trépas,
Refusant d'honorer une dette échue
Au mépris de tout. Il a toute honte bue.
Il a traîné en longueur pour me rembourser,
Sans prier d'en être hic et nunc dispensé.
Peu lui chaut que je joins à peine les deux bouts,
Que l'état de besoin augmente mon courroux.
Il eût été plus digne et mieux inspiré
De m'aider à liquider tous mes arriérés.
Mais, il ne pense qu'à financer sa demeure,
Un imposant palais, émaillé de splendeurs.
Qui sait si un tel outrage à la raison
Ne dévoile quelque acte de corruption.
Il en sera dans l'au-delà récompensé
Par le feu de l'enfer dont il est menacé,
Sauf s'il fait aussitôt acte de contrition
Et s'excuse pour ses motifs de perdition,
Avant que sa vie, appelée à disparaître,
Malgré tous les attraits qu'elle fait ainsi paraître,
Qui bercent d'illusions, induisent en erreur,
Ne touche à sa fin, quand enfin sonne l'heure.
C'est à Dieu le Très Haut que j'élève ma plainte
Contre ce tyran éhonté que rien n'éreinte,
Qui fait fi des droits sacrés et imprescriptibles
Opposables aux tiers, de recours susceptibles,
Et qui ne cesse de me faire patienter
Au nom de la très sacro-sainte probité.
J'ai souvent été victime de ses mensonges
Avant de s'éclipser pour n'être plus qu'un songe.
Il me porte atteinte dans ma dignité
Au point de mésestimer mes capacités,
Ignorant le danger que je lui fais courir
Au fil de la plume qui court venger mon ire.
Mais, quand on se conduit en rustre malappris,
Et qu'on ne se contente pas de mon mépris,
Comment va-t-il, dans ce cas, être avenant
Pour me traîter avec l'égard dû à mon rang?
Mais il ne tardera pas à prendre conscience
Quand il se brûlera au feu de mes semonces.
Peut-être qu'après avoir vidé son carquois
Se mettra-t-il à réfléchir, et par deux fois,
Au vu des registres où il est fait mention
Des gens de la ville et de leur filiation.
En franchissant le seuil d'entrée de ma maison,
Puisse-t-il mettre fin à son obstination
Et s'avouer vaincu et en pleine déroute,
Tels des soldats battus, marchant le long des routes.
Salé, 10 janvier 1964