Abderrahman Hajji

Poèmes

Le Héros du Rif

Le rappel du passé réveille les passions
Tant les vieux souvenirs sont chargés d'émotions.
Les témoins oculaires, les sources auditives
Sont les acteurs de la conscience collective.

Montrons aux jeunes de la nouvelle génération
Le vrai sens de l'honneur qui incite à l'action.
Expliquons leur que cette page de notre histoire
Raconte les hauts faits d'armes consacrant nos victoires.

Enchâssons de perles nos mousquetons sertis
Et faisons en des lauriers à fleurs, non à épis.
Offrons les au grand chef sans peur et sans reproche
Qui ne craignait ni pièges, ni même anguilles sous roche.

Des armées ennemies il repoussait l'assaut
Les mettant en déroute, agissait en sursaut.
Il les a arrosées d'un fiel au goût amer
Et leur a fait subir revers après revers.

L'Espagne en a vu de toutes les couleurs;
Elle n'a jamais autant enduré de malheur.
Tombée au bas degré de tant d'ignominie,
Elle s'est vue ravalée au banc de l'infamie.

L'ennemi a subi une avalanche de coups,
Lui causant de sérieux et de graves à-coups,
Et cherché le secours de croisés alliés
Qui n'a servi à rien. Que peuvent les poules mouillées?

Retentissante était la bataille d'Anouel
Qui a pu faire trembler le trône et puis l'autel.
Un assaut après l'autre l'ont mis en position
De forcer l'ennemi à l'âpre reddition.

Ses armées ont failli prendre la ville de Fès,
Coeur battant du pays, qu'à l'ennemi ne plaise.
Il est venu de nuit, rapide comme l'éclair,
Encerclant l'ennemi, le vouant à l'enfer.

Mais les critiques émises par nos représentants
Nous ont causé un tort pour le moins révoltant.
Ils ont encouragé le pouvoir établi
A payer son tribut dans l'issue du conflit.

La lutte s'est pousuivie entre les clans rivaux
Avec un déploiement de forces par monts et vaux
Il s'est vu exposè aux gifles des défaites,
Et a choisi l'exil comme un lieu de retraite,

Evitant que le sang ne se mette à couler
Dans un combat perdu pour ses soldats zélés,
Estimant suicidaire la poursuite de la lutte,
Cette chance inespérée que l'ennemi suppute.

Ses détracteurs se sont réjouis de leur succès
Pour tomber aussitôt victimes de leurs excès.
Ils se sont rendus compte de toutes les qualités
du chef incontesté, de l'homme révolté.

S'ils n'étaient pas victimes d'un rêve saugrenu
Et qu'ils l'eussent tous aidés, ils l'eussent porté aux nues.
Mais ils ont vu leurs terres confisquées et spoliées
Où des colons intrus se sont domiciliés.

Ils ont créé des zônes au milieu de nos terres,
Interdisant l'accès à leurs propriétaires.
Mais avec le "Latif" le combat a repris,
Ouvrant une nouvelle ère qui les a tous surpris.

Avec cette prière nous nous sommes adressés
Au Seigneur pour que tous nos voeux fussent exaucés.
Le pays tout entier d'un coup s'est soulevé
Dénonçant l'infamie d'une loi réprouvée,

Tendant à éloigner avec leurs boniments
des actes de leur foi la masse des musulmans,
Afin d'éviter que l'Islam ne se révolte,
Ne reprenne les terres conquises par leurs cohortes

Et n'entâme de nouveau une vie pleine d'espoir
Barrant aux missionaires la route du terroir.
Dans leur esprit l'Islam est une impureté
Ayant atteint les yeux d'une grave cécité

Ils nous ont subjugués, soumis aux voluptés
Ravi notre conscience et notre dignité.
Victimes que nous sommes des trompeuses illusions,
Et personne ne nous prône la voie de la raison,
Pour orienter la grande foule des hésitants,
Pour qui les épluchures sont des mets excitants.

La corruption des moeurs a souillé notre vie.
Son mal s'est installé dans le corps et sévit.
Nous nous sommes mis à nous distraire sans souci,
Et de tous les plaisirs nous sommes à la merci.